Le marché immobilier français traverse une phase de transition. Selon la note de conjoncture des Notaires de France publiée le 22 octobre 2026, les transactions dans l’ancien ont progressé sur douze mois, mais leur rythme de croissance a nettement ralenti depuis fin 2025.
Les conditions de crédit restent exigeantes, les prix ne chutent pas franchement, et la performance énergétique des logements redessine les arbitrages des acheteurs comme des investisseurs. Que l’on prépare un achat, une vente ou un investissement locatif, les paramètres à surveiller ne sont plus les mêmes qu’il y a trois ans.
DPE et calendrier d’interdiction locative : le filtre que peu d’acheteurs appliquent assez tôt
La classe énergétique d’un logement n’est plus un simple indicateur de confort. Elle conditionne désormais la possibilité même de louer un bien. Les logements classés G ne peuvent plus être loués depuis 2025, ceux classés F seront concernés à partir de 2028, puis les logements E à partir de 2034.
Pour un investisseur, ignorer ce calendrier revient à acheter un actif dont la rentabilité locative peut tomber à zéro en quelques années. Le prix affiché ne suffit plus : il faut y ajouter le coût des travaux de rénovation énergétique nécessaires pour atteindre au minimum la classe D, voire C, afin de sécuriser la mise en location sur le long terme.
Les Notaires de France observent d’ailleurs une progression de la part des logements anciens vendus avec une meilleure étiquette, notamment ceux classés C et D en 2025, tandis que la part des logements classés E recule. Cette évolution mérite une lecture prudente : la modification des seuils du DPE pour les logements de moins de 40 m², entrée en vigueur le 1er janvier 2024, a mécaniquement reclassé certains biens sans que leur performance réelle ait changé.
Plusieurs points de vérification s’imposent avant de signer une offre d’achat sur un bien destiné à la location :
- La date du DPE en cours : un diagnostic réalisé avant la réforme des seuils 2024 peut surestimer la classe réelle du logement, surtout pour les petites surfaces.
- L’écart entre la classe actuelle et la classe minimale exigée à l’horizon de détention envisagé (2028 pour F, 2034 pour E).
- La nature des travaux à prévoir (isolation des murs, remplacement du système de chauffage, ventilation) et leur faisabilité dans une copropriété, où les décisions collectives peuvent retarder un chantier de plusieurs années.
Publié sur la rubrique immobilière de Blog Introduction, ce type de grille d’analyse aide à structurer un projet d’achat en intégrant les contraintes réglementaires dès le départ.

Négociation du prix immobilier : ce que les marges actuelles révèlent du marché
Les acheteurs disposent aujourd’hui d’un levier de négociation qui s’était réduit pendant la période de forte demande, et les marges de négociation se sont élargies sur une partie significative du territoire.
Cette marge ne se répartit pas uniformément. Dans les zones tendues, où la demande reste supérieure à l’offre, les vendeurs cèdent peu. Dans les villes moyennes et les secteurs ruraux, les décotes obtenues entre le prix affiché et le prix de vente réel peuvent atteindre plusieurs points de pourcentage.
Pour un vendeur, la tentation de maintenir un prix élevé se heurte à un risque concret : un bien surévalué reste plus longtemps sur le marché et finit par se vendre moins cher qu’un bien correctement positionné dès la mise en vente.
Les notaires signalent que le risque à court terme porte davantage sur les volumes de transactions que sur une chute brutale des prix. Autrement dit, les biens qui ne trouvent pas preneur à un prix donné ne se vendent tout simplement pas, plutôt que de subir une forte baisse.
Trois indicateurs à surveiller avant de fixer un prix de vente
Le prix au mètre carré médian dans le quartier, disponible via les bases notariales, donne un premier repère. La durée moyenne de mise en vente des biens comparables dans le même secteur fournit un signal plus fin : si les logements similaires mettent plus de quatre mois à se vendre, le prix demandé est probablement trop élevé.
Le troisième indicateur, souvent négligé, est le taux de crédit immobilier en vigueur au moment de la vente. Un taux qui remonte réduit mécaniquement la capacité d’emprunt des acquéreurs, ce qui tire les prix acceptables vers le bas, même si la valeur intrinsèque du bien n’a pas changé.
Financement immobilier et taux de crédit : arbitrer entre attendre et acheter
La question revient systématiquement : faut-il acheter maintenant ou attendre une baisse des taux ? Les données disponibles ne permettent pas de trancher de manière catégorique, parce que l’évolution des taux dépend de décisions de politique monétaire dont le calendrier reste incertain.
Ce que l’on sait, en revanche, c’est que les conditions d’octroi de crédit se sont resserrées. Les banques examinent les dossiers avec une exigence accrue sur l’apport personnel, la stabilité professionnelle et le taux d’endettement.
L’arbitrage entre attendre et acheter repose sur des variables personnelles plus que sur une prédiction de marché :
- Un acheteur qui dispose d’un apport conséquent et d’un projet de résidence principale à long terme a peu d’intérêt à différer, car la baisse hypothétique des taux pourrait s’accompagner d’une remontée des prix.
- Un investisseur locatif dont le rendement net dépend fortement du coût du crédit a intérêt à simuler plusieurs scénarios de taux avant de s’engager, en intégrant le coût des travaux énergétiques.
- Un vendeur qui souhaite racheter immédiatement après sa vente doit synchroniser les deux opérations, ce qui suppose d’obtenir un accord de principe bancaire avant même de signer le compromis de vente du bien cédé.
Acte de vente et rôle du notaire : ce qui se joue dans les dernières semaines
La signature de l’acte authentique chez le notaire n’est pas une formalité. C’est le moment où les vérifications juridiques aboutissent : état hypothécaire, conformité urbanistique, servitudes, diagnostics obligatoires. Un vice découvert après la signature engage la responsabilité du vendeur, mais les recours sont longs et coûteux.
Le délai entre le compromis et l’acte définitif, généralement de deux à trois mois, sert précisément à lever ces points. Durant cette période, l’acquéreur bénéficie d’un délai de rétractation, puis doit obtenir son prêt. Si le financement est refusé et qu’une clause suspensive a été insérée, la vente est annulée sans pénalité.
Faire relire le compromis par un notaire indépendant de celui du vendeur reste une précaution sous-utilisée. Le coût est nul pour l’acquéreur, puisque les deux notaires se partagent les honoraires, mais le regard croisé sur les clauses peut éviter des engagements défavorables, notamment sur les conditions suspensives liées au prêt ou à la découverte de vices cachés.
Le marché immobilier de 2026 récompense la préparation technique. Le prix d’un logement ne résume plus sa valeur : sa classe énergétique, sa localisation fine et le contexte de financement pèsent autant dans la réussite d’un projet d’achat, de vente ou d’investissement.



